Témoignage : choisir la Naprotechnologie avant la PMA


J'ai eu la chance de rencontrer Noëmie sur Instagram dès le début de l'aventure Aima. Elle a été l'une des premières personnes à rejoindre la communauté et contribut avec une très belle énergie au développement du projet.

Elle a accepté de revenir pour nous sur l'origine de ses soucis de fertilité et le choix qu'elle a fait, avec son partenaire, de ne pas entrer directement dans le parcours de Procréation Médicalement Assistée.


1. Peux-tu nous raconter la façon dont tu as découvert vos problèmes de fertilité ?


Au bout de quelques mois d’essais, je me suis encore plus questionnée sur le fait que je n’arrivais pas à tomber enceinte et que c’était peut-être lié à l’irrégularité de mes cycles (de 33 à 50 jours), présente depuis toujours. Nous n’avons pas été entendus, écoutés par la gynécologue. Nous nous sommes donc tournés vers une sage-femme formée en Symptothermie puis vers une médecin spécialisée en hypofertilité et formée à la Naprotechnologie. C’est elle, qui après plus d’un an d’essais nous a demandé de faire plusieurs examens. Il s’est avéré que je souffre du syndrome OPK (syndrome des ovaires polykystiques) et mon conjoint a une asthénospermie modérée.



2. Comment avez-vous vécu cette annonce ?


Personnellement, je l’ai vécu d’une façon paradoxale. J’étais effondrée et en même temps soulagée de découvrir qu’il y avait une explication rationnelle et médicale au fait que je ne sois pas encore enceinte. J’étais aussi en colère auprès des médecins qui avaient refusé d’entendre mes craintes et inquiétudes, mais aussi envers tous ceux et toutes celles qui disaient que c’était dans ma tête. Mon conjoint était très peiné pour moi mais toujours persuadé que malgré la difficulté nous y arriverons.

3. Tu me disais avoir choisi une alternative à la PMA, peux-tu nous en parler ?


La première année d’essais, même si la gynécologue n’était pas inquiète, moi je l’étais et je doutais. J’ai donc décidé de prendre les choses en main en faisant des recherches, en essayant de comprendre mon corps et mon cycle menstruel. Je me suis tout d’abord tournée vers la Symptothermie avec la prise de température matinale et l’observation de la glaire cervicale. Je me suis d’ailleurs tournée auprès d’une femme formée à cette méthode. J’ai énormément appris sur mon cycle et j’ai découvert que le traitement donné par ma gynécologue était à l’inverse de mon cycle et bloquait en réalité ma potentielle ovulation, car donné beaucoup trop tôt dans mon cycle. Par la suite, j’ai pris contact avec une sage-femme formée à la Symptothermie qui nous a guidé et accompagnée. Grâce à elle, nous avons stoppé le traitement et nous avons laissé le temps à mon corps de se remettre d’aplomb. Ensuite, aux vues de mes courbes de température plutôt disparates, elle nous a proposé de nous tourner vers la Naprotechnologie où nous pourrions creuser la question avec un médecin spécialisé.

Nous avons d’abord travaillé avec une instructrice de cette méthode qui était là pour expliquer la démarche et nous accompagner dans l’observation de la glaire sur les premiers cycles et comment remplir le cahier de suivi. En effet, cette méthode s’appuie sur une observation accrue et détaillée de la glaire cervicale plusieurs fois par jour. Au bout de deux cycles nous avons rencontré le médecin qui a constaté un déséquilibre entre ma phase pré ovulatoire et ma phase lutéale trop courte, ce qui laissait présager un dérèglement hormonal.




4. A qui s’adresse la naprotechnologie ?


La Naprotechnologie est au départ une méthode de contraception naturelle mais qui est également utilisée pour aider à la conception. Notamment pour les couples qui souhaitent prendre le temps si on peut dire d’essayer « naturellement » avant d’aller vers un parcours PMA plus classique et aussi plus lourd. Pour nous, c’est garder une étape où on peut encore gérer en partie à notre façon, l’espoir d’avoir un « bébé couette » en étant aidé par une potentielle médicamentation.

De manière générale, je pense que cette méthode s’adresse à des personnes qui souhaitent être en partie acteurs et actrices dans leur projet bébé et n’ayant pas peur d’observer plusieurs fois par jour leur glaire avec la contrainte de noter chaque jour les observations dans un cahier. C’est aussi une méthode qui permet à monsieur de s’investir. De notre côté, nous complétons le tableau à deux et mon chéri a appris de nombreuses choses, tout comme moi d’ailleurs.

Je pense qu’il n’y a pas « une méthode » mais plutôt des choix de couple qui correspondent aux besoins du moment. Pour certains.es, la PMA dite classique peut enlever un poids sur le quotidien car tout est géré par les médecins (ponction, date de transfert…). En effet, la méthode Napro implique un investissement du couple, qui peut être pesant parfois : observations, avoir des rapports pendant la fenêtre fertile, enchaîner les échos de contrôle tous les 2-3 jours… Ce n’est pas toujours évident, mais pour le moment cette méthode convient à notre couple. Ce qui me semble primordial, c’est l’information. Les couples doivent avoir accès à tout ce qui existe même si ce n’est pas classique et pouvoir faire leur choix, rester acteurs et actrices de leur projet bébé.



5. Concrètement, comment ça se passe ?


Au départ, il y a des rendez-vous avec l’instructrice pour toute la partie pratico pratique de la méthode (explications, comment remplir le cahier, comment bien observer la glaire…). Ensuite il y a la partie où la femme (et son conjoint) doit s’observer, observer la glaire et tout noter dans le cahier de suivi. Les cycles sont donc tous présents dans ce cahier, ce qui permet de faire des comparaisons.

Ensuite, l’instructrice nous dirige vers un.e médecin formé.e à la méthode et au plus près de chez nous. Malheureusement, iIl n’y en a pas beaucoup. Pour nous, c’est 4h de route aller/retour à chaque rdv.

Nous rencontrons le médecin pour la première fois où iel pose de nombreuses questions et propose des examens à réaliser pour la femme et l’homme. Puis, nous avons environ 1 rendez-vous tous les 3 mois. Chaque rendez-vous dure plus d’une heure, ce qui est génial car nous avons le temps de poser toutes les questions qui nous taraudent. Personnellement, j’arrive à chaque fois avec beaucoup de questions et d’inquiétudes et je repars toujours avec des réponses et de l’espoir.

Sur les premiers cycles qui ont suivi le premier rdv, j’ai eu droit à des prises de sang régulières (1 par mois) pour observer mon taux de progestérone durant la phase lutéale (instable chez moi) ce qui a permis d’ajuster le taux grâce à un traitement en progestérone. Depuis mes taux sont meilleurs et ma phase lutéale aussi. Le médecin s’est basé sur mon cycle et non pas sur un cycle soi-disant normal où une femme ovulerait à J14. C’est ce que je trouve intéressant dans cette méthode, on s’appuie sur le cycle de chaque femme et pas sur une norme…

Actuellement nous sommes passés en début de protocole avec médicamentation où nous échangeons avec le médecin par mail et si besoin on peut faire un rendez-vous en visio. Après 4 mois, nous allons d’ailleurs avoir un nouveau rdv pour changer de protocole.



6. Est-ce que la naprotechnologie est répandue en France ?


Pas assez. Il y a peu de médecins formés à cette méthode et en plus elle est peu connue des couples. De plus, le médecin n’est pas forcément un gynécologue, ce qui est notre cas.



7. Aurais-tu des conseils à donner aux personnes qui seraient intéressés par cette technique ?


Le mieux est d’aller sur leur site internet, du même nom que la méthode et de voir si cette méthode peut correspondre à leurs attentes. Ensuite, il est tout à fait possible d’essayer et d’arrêter en cours de route.

Le bémol dans cette méthode peu connue et peu répandue c’est que tout n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. Notamment les rendez-vous avec l’instructrice, qui sont obligatoires en débutant la méthode. En effet, aucun rdv n’est remboursé, excepté par certaines mutuelles, ce qui peut être un frein.



8. Que te manque-t-il aujourd’hui pour mieux vivre ton parcours ?


Une prise en charge globale, holistique, où tous les rendez-vous seraient pris en charge à 100% (hypnose, acupuncture, naturopathie, etc), car lorsque l’on souffre d’un dérèglement hormonal tel que le SOPK par exemple, ou même d’infertilité pour une autre raison, on ne peut traiter les choses seulement au niveau gynécologique mais bien de façon globale, c’est tout le corps qui a besoin d’être en harmonie. Encore une fois, il s’agit d’un gros investissement financier car beaucoup de ces médecines ne sont pas reconnues et donc pas prises en charge où seulement en partie. Je trouve cela très injuste alors que l’on se bat déjà contre l’infertilité, c’est comme une double peine.

Il y a aussi un manque crucial d’informations, surtout en ce qui concerne le SOPK…qui est tout de même la première cause d’infertilité féminine et touche près d’une femme sur 7…les médecins ne sont pas assez formés et certains pensent encore aujourd’hui qu’une personne OPK est obligatoirement en surpoids, alors que non. D’ailleurs ce n’est pas mon cas, je souffre de ce syndrome en ayant un IMC moyen. J’ai dû faire de nombreuses recherches sur internet et les réseaux sociaux pour obtenir des réponses. En France, le chemin est encore long…

Le manque de reconnaissance est aussi très difficile car aux yeux des autres, mon syndrome se limite à un problème de fertilité, qu’il « suffit de résoudre par la PMA ». Or ce n’est pas le cas et ce n’est pas aussi simple. Le SOPK impacte tout mon quotidien, mon alimentation car j’ai une insulino-résistance, mon sommeil, ma gestion du stress et bien d’autres aspects encore. C’est surtout un syndrome dont on ne guérit pas, on peut seulement en réduire les effets…



Si vous souhaitez en savoir plus sur Noëmie, n’hésitez pas à la suivre sur son compte Instagram @infertile_and_spok



Salut, Je suis Elisabeth! Je vous envoie une newsletter mensuelle qui contient une série d'articles sur la PMA, la sexualité, le bien-être et le développement d'Aima.



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