Témoignage : quand on décide de ne pas entrer en PMA....

Dernière mise à jour : 18 sept. 2021



Avec Marion, nous nous sommes rencontrées sur Instagram après la publication d’un poste très émouvant sur les sentiments d’isolement d’une femme qui n’est pas PMA mais qui partage les mêmes… Si elle ne fait pas partie de la communauté des pmettes, à quelle communauté appartient-elle ?

Elle revient pour nous sur l’annonce de son SOPK, le manque de soutien pendant ses essais bébé, les violences gynécologiques et les raisons qui l’ont poussé à renoncer à la PMA.


1. Peux-tu stp revenir pour nous sur l’annonce de ton SOPK ?


J’avais 9 ans et demi quand j’ai eu mes premières règles. Tout de suite, j’ai eu beaucoup de poils, de l’acné et j’ai pris beaucoup de poids. A 21 ans, ma gynécologue m’a conseillé de prendre la pilule, qu’elle pouvait aider… J’ai pris 30 kg ! J’avais toujours la peau grasse, des poils, une odeur forte, rien n’y changeait. Comme mes règles étaient aussi irrégulières, abondantes, pleines de caillots et que j’avais des émotions très fortes, elle m’a conseillé de voir un endocrinologue.


Au premier rendez-vous, il m’a tout de suite dit, il m’a dit « ça sent les SOPK. Vous avez bien fait de venir vous étiez à un ou deux ans de finir complètement chauve ». J’ai réalisé un bilan complet en ambulatoire… et j’ai commencé à prendre l’Androcur et l’Estreva (que j’ai depuis arrêté).


A aucun moment je n’ai vraiment eu de discussion sur ce que le SOPK était et ce que ça impliquait. Le seul discours était « Tenez voici un flyer Weight Watcher il faut maigrir madame » ,« Vous êtes trop grosse, il faut maigrir et ça passera » , « Madame vous savez j’ai des patientes qui reviennent me voir qu’une fois après avoir perdu une dizaine de kilos ». En gros, le SOPK, c’était de ma faute.

Une diabétologue m’a même proposé une sleeve (c’est-à-dire de couper 2/3 de mon estomac) …


Pendant ce temps l’Androcur grignotait mon couple. (Libido dans le négatif, humeur colérique, forte tristesse et prise de poids encore etc. etc. …)


2. As-tu su à ce moment-là ce que ça signifiait pour toi et pour ton désir d’enfants ?


Pas du tout.

Le focus a tellement été sur mon poids et le fameux « Il faut maigrir ! » Tout le reste était renvoyé à plus tard.


Un jour, mon endocrinologue m’a même dit : « Beaucoup de choses se jouent avec le mental. Il faut que vous vous mettiez dans la dynamique de devenir une maman ! » J’ai acheté une poussette, de l’équipement et je me rassurais en me disant que je serai prête au moment d’accueillir ce petit bout.


3. Tu partages ton quotidien avec le SOPK sur Instagram de manière très touchante. Tu peux nous en parler ?


Des contacts m’écrivent des petits messages adorables. Il y a toujours une personne qui trouve le mot juste, qui m’apaise et m’aide à rebondir quand c’est trop difficile.

Dire et écrire les choses en sachant que des personnes qui comprennent le liront est une chose réconfortante pour moi. J’ai beaucoup moins le sentiment de jeter une bouteille à la mer. Des tas de comptes sont tenus par des personnes qui partagent aussi leurs vécus, leurs solutions, c’est vraiment un échange.


4. Tu disais que vous avez fait le choix de ne pas entrer en PMA, j’imagine que ça n’a pas été une décision simple à prendre. Comment vous êtes-vous décidé ?


Plusieurs éléments ont pesé dans la balance : les remarques grossophobes à répétition qui m’épuisent et me blessent, mon mari qui ne veut plus que je les subisse, et les questions blessantes comme « Alors on est là parce qu’on n’arrive pas à faire un bébé ? »


Et je ne parle pas de la lourdeur administrative, financière, organisationnelle et des situations physiques humiliantes : allongée depuis plus de vingt minutes sur une table de radio, les fesses nues, ouvertes sur la porte d’entrée…et les gestes assez brutaux : retrait rapide, porte grande ouverte, voix haute, départ sans de mot particulier à part un « bonne journée ».


5. Penses-tu que les solutions actuelles ne permettent pas aux couples et plus particulièrement aux femmes de choisir la PMA sereinement ?


La personne qui me suit croule sous les rendez-vous, est toujours en retard (souvent d’une heure) et me laisse me débrouiller, à mon bon jugement, me faisant faire et refaire les examens … Elle est très gentille mais je sens qu’elle a du mal à supporter les questions qui dépassent le quota « autorisé ».

Dans le parcours actuel, il manque vraiment une personne « dédiée », qui accompagne, prend des nouvelles, pilote les choses, rassure et qui est disponible.


6. Que conseillerais-tu à quelqu’un qui est en désir d’enfants et doit aussi faire ce choix ?


Je lui conseillerais de se renseigner, de se documenter et d’intégrer un réseau pour pouvoir en parler. Un réseau permet aussi de ne pas se sentir seule, d’avoir des informations précises, des partages de vécu et de ne pas faire reposer tous ses espoirs sur LA personne qui n’a de toute façon que peu de temps à vous accorder.

Je leur conseillerais aussi de ne pas attendre d’aide, de conseils précis, d’implication du corps médical… Ils pourraient en recevoir bien sûr mais si ce n’est pas le cas, ils ne seront pas déçus. Dans les faits, même si la situation est sensiblement très humaine, c’est un acte médical et rationnel. Il ne faut pas en attendre plus.

Il est facile de conseiller de "se moquer des jugements", mais je pense qu’il faut être honnête avec les personnes qui interviennent dans le parcours, dire quand ça ne va pas, quand on est inquiet, quand on vit mal une remarque pour ne pas garder en soi des éléments qui perturbent encore plus une situation déjà difficile. Le mental est l’une des choses les plus importantes et, à la fois, les plus vulnérables.

Même si chaque cas est particulier, je conseillerais de s’entourer d’une communauté qui donne le rythme, qui met en place une bulle de protection et de bienveillance et qui peut permettre de ne pas mettre de pression à l’entourage directe. On est alors forte, seule, mais protégée, comprise et écoutée.


7. Dans un de tes posts, tu as mentionné ta prise de rendez-vous chez un psychologue. Bravo ! La première fois est la plus difficile. On n’a jamais su : comment c’était ?


Pour une première fois, c’était bien ! J’y suis arrivée très fragile et seule. A la question : « Que puis-je faire pour vous ? », je me suis sentie submergée par les larmes … puis j’ai trouvé en face de moi une femme sensible, à l’écoute et qui conserve la juste distance.

Je la revoie la semaine prochaine. C’est difficile d’ouvrir MA boîte de pandore... Mon chemin est difficile. Je le fais seule mais j’ai envie de la revoir. Je sens que j’ai besoin d’elle, j’ai besoin de parler j’ai besoin de sentir que je suis écoutée.

J’avais gardé le secret pour vivre ça sans pression. Depuis, je l’ai dit à ceux qui me sont le plus proche mais sans détails. Je regrette un peu de ne pas l’avoir gardé pour moi…

Je me suis toujours dit que ceux qui vont voir des psys sont ceux qui n’ont pas d’entourage. Je pense aujourd’hui que l’entourage n’est pas concerné par tout et que pour ne pas être déçue ou cataloguée, il vaut mieux de pas tout partager sans pudeur. Parler avec un professionnel est souvent la meilleure solution puisqu’il qui peut vous donner de vrais outils pour « guérir ».


Si vous souhaitez en savoir plus sur Marion, n’hésitez pas à la suivre sur son compte Instagram @marionsopk



 

Salut, Je suis Elisabeth! Je vous envoie une newsletter mensuelle qui contient une série d'articles sur la PMA, la sexualité, le bien-être et le développement d'Aima.



52 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout